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La lettre de civilité est un caractère d’imprimerie qui imite la calligraphie cursive française du milieu du 16e siècle. Elle est ainsi désignée depuis le 18e siècle en raison de son utilisation fréquente dans les manuels de savoir-vivre destinés aux enfants. Apparue à Lyon en 1557, la lettre de civilité remporte d’abord un relatif succès. On l’emploie dans tout le royaume pour l’impression d’œuvres poétiques, d’ouvrages scolaires, de récits de voyage... Pourtant, dès le début du 17e siècle, les caractères cursifs disparaissent des presses typographiques : l’évolution des pratiques calligraphiques, l’adoption des écritures italiennes dans l’imprimé comme dans le manuscrit, font désormais passer la cursive gothique pour une lettre archaïque. Absents de la production imprimée pendant près d’un siècle, les caractères de civilité réapparaissent pourtant en 1703, lorsque Jean-Baptiste de La Salle les utilise pour imprimer ses Règles de la Bienséance. Dès lors, et jusqu’au milieu du 19e siècle, ils seront employés massivement pour la publication des manuels de civilité dans lesquels les élèves des petites écoles apprennent à lire et à écrire. Cette histoire, irrégulière, fait du caractère de civilité un remarquable objet d’étude. Née à la fin de la Renaissance, alors que l’imprimerie est déjà dominée par les caractères romains et italiques, la lettre de civilité est atypique : le public rejette vite cette écriture gothique, grasse, raide, difficilement lisible. Mais, parce que ses formes sont proches des écritures manuscrites, elle fait office de modèle calligraphique dans les écoles. Illustrant l’évolution de la culture graphique française tout au long de l’Ancien Régime, l’histoire des caractères de civilité permet d’analyser les relations complexes entre culture de l’imprimé et culture du manuscrit. |
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