Madeleine de Scudery, gravure du XVIIIe siecle
Madeleine de Scudéry,
gravure anonyme du XVIIIe siècle
d'après une peinture des années 1650
Res. Far. 8 ° 100-8



 
Madeleine de Scudéry à la Bibliothèque Mazarine


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    Madeleine de Scudéry, l'illustre Sapho, née au Havre le 15 novembre 1607 et morte à Paris le 2 juin 1701, fut l'une des premières et des plus grandes femmes de lettres françaises du Grand Siècle. Elle nous a en effet livré une oeuvre littéraire particulièrement riche et variée dans ses formes et moderne dans les thèmes abordés (égalité des sexes, vision du mariage, éducation et instruction des femmes). Depuis les années 1970, après de longues années d'oubli ou de dénigrement, l'oeuvre de Madeleine de Scudéry fait de nouveau l'objet de nombreuses études. Afin de lui rendre hommage à l'occasion du quatrième centenaire de sa naissance, la Bibliothèque Mazarine vous propose de parcourir son oeuvre à travers les ouvrages anciens et modernes de ses collections.
   Orpheline à l'âge de six ans, elle était issue "... d'une maison tres noble, tres ancienne, & toujours tres guerriere, originaire du Royaume de Naples, & établie en Provence depuis plusieurs siecles ; fille d'un pere galant & brave, qui avoit servi avec distinction sur mer & sur terre, & qui avoit eu sous l'Amiral de Villars, le Gouvernement du Havre de Grace : nourrie, élevée par une mere de l'illustre maison de Goustiménil-Martel..." (Bosquillon, 1701). Après avoir reçu une éducation littéraire très complète, elle rejoignit son frère, protégé de Richelieu, qui s'était acquis un grand renom à Paris, en 1639. Elle fut alors introduite chez Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet, en son hôtel de la rue Saint-Thomas-du-Louvre. Gens de lettres et personnes de qualité se devaient en effet de fréquenter la "chambre bleue" d'Arthénice, tant ce lieu était devenu le symbole du raffinement et de l'élégance. "Tout l'hôtel de Rambouillet, ce tribunal où l'on décidoit souverainement du merite & de l'esprit, & dont les jugemens étoients si équitables & si respectez, se hâta de prononcer en sa faveur. On ne trouva rien à reprendre en elle, rien qui sentît la province ; on la regarda come si elle eût été née à la Cour, ou qu'elle y eût passé toute sa vie" (Bosquillon, 1701). C'est donc à l'hôtel de Rambouillet, dès 1641, que la carrière littéraire de Madeleine de Scudéry débuta.
    "Rassemblant en elle seule toutes les vertus, tous les talens... un esprit vaste et solide... elle se resolut d'ecrire... " (Bosquillon, 1701) . Mais, par prudence et parce qu'il était alors difficile aux femmes d'accéder au statut d'auteur, elle publia la plupart de ses romans sous le nom de son frère, Georges de Scudéry (1601-1667). Dramaturge, ce dernier est surtout connu pour quelques tragi-comédies (Lygdamon et Lydias en 1631, Le prince déguisé en 1635) et comédies (Le trompeur puni en 1633 et La comédie des comédiens en 1634). Ayant pris ombrage de la gloire naissante de Corneille, Georges de Scudéry fut l'un des premiers, poussé par Richelieu, à prendre le parti de ses adversaires dans La querelle du Cid. Après l'obtention, par l'intermédiaire de la marquise de Rambouillet, de la charge de gouverneur du fort de Notre-Dame de la Garde à Marseille, Georges prit toujours grand soin de faire figurer ce titre en tête de ses ouvrages. Compromis auprès du prince de Condé, il fut obligé de partir en Normandie en 1655. Madeleine n'en resta pas moins attachée au principe de l'anonymat. Seuls quelques uns de ses ouvrages de morale et de savoir-vivre la désignent nommément comme auteur.

    Au retour d'un court "exil" à Marseille (1644-1647), durant lequel Madeleine avait accompagné son frère parti exercer sa charge de gouverneur, elle trouva l'atmosphère du petit cénacle de l'hôtel de Rambouillet bien moins éblouissante qu'autrefois. S'entourant des anciens habitués de la "chambre bleue", d'amis et de jeunes parlementaires de Castres, Madeleine créa, au coeur du Marais, son propre salon. Et c'est dans ce cercle précieux et galant, au cours des célèbres "réunions du Samedi", où l'on s'entretenait "de choses agréables et utiles, principalement en fait de belles lettres...", que fut imaginée par elle la célèbre Carte de Tendre, événement littéraire et mondain de toute première importance à l'époque.
     Madeleine de Scudéry fut l'une des plus brillantes représentantes de la "préciosité". Dans un contexte marqué par les condamnations d'un Boileau et les moqueries d'un Molière à l'égard de ce courant littéraire, cela certes, lui valut bien des critiques mais ne l'empêcha pas de renconter un large public. "Les étrangers qu'une louable curiosité atiroit à Paris, n'y trouvoient rien d'aussi rare, ni d'aussi merveilleux... On a vû des souverains ne recomander autre chose aux princes leurs enfants qui venoient en France, que de ne point retourner auprés d'eux sans avoir vu Mademoiselle de Scudery. M. le prince de Paderborn evêque de Munster la regala de sa medaille & de ses ouvrages. La reine Christine de Suede l'honora de ses caresses, de son portrait, d'un brevet de pension, souvent de ses lettres, toujours de son estime, & même si on l'ose dire, de son amitié... Si les étrangers marquoient tant de veneration pour Mademoiselle de Scudery, la France charmée de posseder un si precieux tresor lui en témoignoit encore davantage. Tout ce qu'il y avoit dans le Royaume de grand & de distingué par la naissance, par le rang, par les emplois, par la beauté, par l'esprit, par le merite & par la vertu, faisoit volontiers les avances pour être conu de cette rare persone...". Grâce à sa notoriété comme femme de lettres, de goût et d'esprit, Mademoiselle de Scudéry bénéficia de certains soutiens financiers qui lui permirent de poursuivre son oeuvre. Ainsi "M. le cardinal Mazarin lui laissa une pension par son testament, M. le chancelier Boucherat lui en établit une sur le seau, que M. le chancelier de Ponchartrain lui a continuée : & le Roi aprés lui en avoir doné en 1683 à la sollicitation de madame de Maintenon une de deux mille francs...".

    La Bibliothèque Mazarine présente ici un inventaire illustré des oeuvres de Madeleine de Scudéry conservées dans son fonds ancien (ouvrages imprimés avant 1800), complété des références d'ouvrages que la bibliothèque ne possède pas dans ses collections, inventaire suivi d'un recensement des éditions critiques modernes de ses oeuvres ainsi que des études dont cet auteur a fait l'objet.

Cette exposition virtuelle a été réalisée par Christine Vogt et Michel Léon, avec la collaboration d'Yves Plunian et Enrico Cima.

  Editions des oeuvres de Madeleine de Scudéry
  Le monde de Madeleine de Scudéry
  Indications bibliographiques


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