I. La mazarinade type ? La mazarinade de Paul Scarron

Les caractéristiques matérielles des mazarinades sont bien représentées dans le pamphlet éponyme attribué à Paul Scarron : papier de piètre qualité, quasi transparent, format « in-quarto », en demi-cahiers de deux feuillets ou cahiers de quatre feuillets pour donner un livret le plus souvent de 4, 8 ou 16 pages, dans lesquelles on s’efforce de faire tenir le texte, ce qui peut conduire à sacrifier la page de titre, ou à publier en un seul paragraphe, ou encore à imprimer sur deux colonnes, à jouer avec la taille des caractères, à remodeler le texte. Ce format in-quarto était d’ailleurs déjà celui d’autres publications de large diffusion, actes officiels, gazettes.
La page de titre très dépouillée met en valeur les mots du titre, visibilité accrue par la taille des caractères. L’ensemble, y compris la mention fallacieuse d’une copie bruxelloise, devait donner toutes les apparences d’une publication anonyme, clandestine, donc susciter l’envie de la lecture, l’achat.
Le décor se résume ici à un bandeau, frise du même fleuron répété. Certains bandeaux étaient plus élaborés, cartouches encadrant un décor figuratif, une saynète. On introduisait souvent le texte par une lettre ornée. Lorsqu’il existait une page de titre complète, elle incluait la marque de l’imprimeur-libraire, ou bien une vignette à décor de grotesque, un vase empli de fleurs, une corbeille de fruits. Ces ornements, gravés sur bois, étaient les plus couramment utilisés, et réemployés dans toutes sortes d’éditions jusqu’au-delà de l’usure.
Au total les mazarinades étaient conçues pour être imprimées en grand nombre le plus rapidement possible au moindre coût, afin de dégager une marge appréciable à la vente. La bonne réception du pamphlet par le public conduisait à la multiplication des éditions, officielles ou contrefaites. La conjonction d’auteurs en mal d’exutoire, d’un public élargi avide de les lire et d’un secteur du livre – notamment mainte entreprise familiale parisienne, en difficulté économique durant les années 1640 – fit de ces éphémères pamphlets une formule à succès dans le contexte exacerbé de la Fronde.

Mazarinades (1648-1653) : la Fronde, les mots, les presses (exposition virtuelle)